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Politique

Décrypter un sondage : les cinq lignes en bas de page

Échantillon, méthode, commanditaire, marge d’erreur, formulation. Ce qui est écrit en petit détermine ce que le titre a le droit de dire.

Par La rédaction 7 min

Un sondage est un instrument de mesure. Comme tout instrument, il a une précision, des conditions d’emploi, et une notice — imprimée en petit sous le graphique.

Voici comment la lire.

1. L’échantillon

Un sondage national français interroge typiquement 1 000 personnes. C’est peu, et c’est suffisant : au-delà, la précision progresse très lentement pour un coût qui explose.

Ce qui compte n’est pas la taille mais la représentativité. La méthode dominante en France est celle des quotas : on construit un échantillon dont la composition — sexe, âge, profession, région, taille d’agglomération — reproduit celle de la population.

Attention aux sous-échantillons. Un résultat « chez les 18-24 ans » dans un sondage de 1 000 personnes repose sur une centaine de réponses. La marge d’erreur y est énorme, et ces chiffres sont pourtant ceux que les titres reprennent.

2. La méthode de recueil

En ligne, sur panel : le plus courant aujourd’hui. Rapide et peu coûteux, mais les panélistes sont volontaires et rémunérés, ce qui n’est pas neutre.

Par téléphone : meilleure couverture de certaines populations, taux de refus désormais très élevé.

En face-à-face : le plus fiable, le plus cher, devenu rare.

Aucune n’est disqualifiante. Mais comparer deux sondages recueillis par des méthodes différentes ne dit rien de l’évolution de l’opinion.

3. Le commanditaire

Qui a payé, et pourquoi. Un sondage commandé par un parti, une fédération professionnelle ou une marque n’est pas nécessairement faux — les instituts sérieux ne trafiquent pas leurs chiffres.

Le biais est ailleurs : dans le choix des questions posées, et dans celles qui ne le sont pas. On publie ce qui arrange, on garde le reste.

En France, la commission des sondages contrôle ceux qui portent sur des scrutins, et les notices doivent être déposées.

4. La marge d’erreur

C’est le chiffre qui rend la plupart des commentaires télévisés absurdes.

Sur un échantillon de 1 000 personnes, la marge est de l’ordre de ± 3 points autour de 50 %, un peu moins vers les valeurs extrêmes.

Donc : un candidat à 22 % et un autre à 20 % sont à égalité. Une variation d’un point entre deux vagues n’est pas une évolution. Les instituts l’écrivent ; les plateaux l’oublient chaque semaine.

5. La formulation exacte

C’est le point le plus déterminant et le moins regardé.

« Êtes-vous favorable à une réforme des retraites ? » et « Êtes-vous favorable à un allongement de la durée de cotisation ? » n’obtiennent pas les mêmes réponses, et les deux sont des questions honnêtes.

L’ordre des questions compte aussi : ce qu’on demande en premier oriente les réponses suivantes. Un institut sérieux publie le questionnaire intégral.

La chose à retenir

Un sondage mesure une opinion, à une date, sur une question précise. Il ne prédit pas un comportement, et surtout pas un vote qui aura lieu dans plusieurs mois.

Le meilleur usage qu’on puisse en faire est de suivre une tendance sur plusieurs vagues du même institut, avec la même méthode et la même question. Tout le reste est du commentaire.

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