Économie
Livret A, LDDS, LEP : lequel, pour quoi, et jusqu’à quand
Les livrets réglementés ont chacun une fonction précise. Plafonds, conditions d’accès et limite au-delà de laquelle ils cessent d’être le bon outil.
Par La rédaction 6 min
Les livrets réglementés sont les produits d’épargne les plus détenus en France, et les plus mal employés — non parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’on leur demande de faire un travail qui n’est pas le leur.
Ce qu’ils ont en commun
Trois caractéristiques, fixées par l’État et identiques d’une banque à l’autre :
- Capital garanti, aucun risque de perte.
- Disponibilité immédiate, sans frais ni pénalité.
- Aucune fiscalité : ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux.
Le taux est administré et révisé périodiquement selon une formule qui tient compte de l’inflation et des taux courts. Aucun établissement ne peut proposer mieux ou moins.
Le Livret A
Le socle. Un par personne, mineurs compris. Plafond de 22 950 € hors intérêts capitalisés, qui peuvent le dépasser.
C’est le produit de l’épargne de précaution : l’argent dont vous pourriez avoir besoin sans préavis.
Le LDDS
Livret de développement durable et solidaire. Mêmes règles, plafond de 12 000 €, réservé aux majeurs domiciliés fiscalement en France.
Il n’y a aucune raison de choisir entre les deux : ils se cumulent, et un foyer qui a rempli l’un ouvre l’autre.
Le LEP
Le livret d’épargne populaire est le seul dont le taux est nettement supérieur, parce qu’il est réservé sous condition de revenu. Le plafond est plus bas et les seuils sont revus chaque année.
C’est de loin le meilleur placement sans risque disponible en France, et une grande partie des foyers éligibles ne l’ouvrent pas, faute de savoir qu’ils y ont droit. Si vos revenus sont modestes, vérifiez : la banque peut interroger l’administration fiscale directement.
Le vrai sujet : jusqu’à quel montant
Un livret réglementé fait une chose parfaitement — garder disponible une somme sans risque. Il en fait une autre très mal : faire croître un capital.
Son rendement réel, une fois l’inflation déduite, tourne historiquement autour de zéro, et il a été franchement négatif pendant les épisodes inflationnistes récents. Sur dix ans, un capital qui y dort perd du pouvoir d’achat.
La règle pratique retenue par la plupart des conseillers :
- Trois à six mois de dépenses courantes sur livret. C’est la réserve.
- Un projet daté à moins de deux ans — apport, travaux, véhicule — sur livret également, parce qu’on n’expose pas à un marché de l’argent dont on connaît la date d’emploi.
- Au-delà, la question se pose autrement, et elle dépend de l’horizon.
Un Livret A rempli à 22 950 € depuis huit ans sans projet identifié n’est pas de la prudence. C’est une décision par défaut, et elle coûte.
Ce que le livret ne remplace pas
Il n’a aucun avantage successoral, contrairement à l’assurance-vie. Il n’ouvre droit à aucune enveloppe fiscale de long terme, contrairement au PEA. Et il ne protège pas de l’inflation.
Ce sont trois fonctions différentes, remplies par trois produits différents. Le livret est excellent pour la sienne.