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Pratique

Purifier l’eau du robinet soi-même : ce qui marche vraiment

Carafe filtrante, charbon actif, osmose inverse, ébullition : ce que chaque méthode retire réellement, ce qu’elle ne retire pas, et dans quels cas ça vaut la peine.

Par La rédaction 8 min

En France, l’eau du robinet est l’un des produits alimentaires les plus contrôlés. Elle est potable presque partout, et la traiter chez soi ne relève donc pas de la sécurité mais du confort — goût, calcaire — ou de préoccupations plus précises.

Encore faut-il savoir ce que chaque méthode retire. Les appareils vendus pour « purifier » ne traitent pas les mêmes choses, et certains ne traitent presque rien.

D’abord : que contient l’eau du robinet

Trois familles, qu’il ne faut pas confondre.

Le chlore. Ajouté volontairement pour empêcher toute contamination bactérienne dans le réseau. C’est lui qui donne le goût. Il n’est pas dangereux aux doses employées, et il s’en va tout seul.

Le calcaire. Du calcium et du magnésium dissous. Il entartre les appareils et n’a aucun effet néfaste sur la santé — c’est même un apport minéral.

Les micropolluants. Résidus de pesticides, de médicaments, métaux, et plus récemment les composés perfluorés. Ce sont eux qui font l’actualité, et ce sont les plus difficiles à retirer.

Votre eau a une composition précise et publique : la commune la publie, et l’analyse est affichée en mairie ainsi que sur le site du ministère de la Santé. Commencez par là. Traiter sans savoir ce qu’on traite n’a pas de sens.

Les méthodes, de la plus simple à la plus lourde

Laisser reposer, ou aérer

Le chlore est volatil. Une carafe ouverte au réfrigérateur pendant quelques heures perd l’essentiel de son goût de chlore. Verser l’eau de haut en haut d’un récipient à l’autre accélère le processus.

Retire : le goût de chlore. Ne retire : rien d’autre. Coût : zéro.

C’est la solution pour l’immense majorité des gens qui disent ne pas aimer le goût de l’eau du robinet.

La carafe filtrante

Une cartouche de charbon actif, souvent associée à une résine échangeuse d’ions.

Retire : le chlore, une partie du plomb et du cuivre, et adoucit un peu. Ne retire pas : les nitrates, la plupart des pesticides, les perfluorés, et rien du côté bactérien.

Le point critique est l’entretien. Une cartouche saturée cesse de filtrer et devient un milieu de culture : la filtration retient de la matière organique, et l’eau y stationne à température ambiante. Respectez les délais de remplacement et gardez la carafe au réfrigérateur. Une carafe mal entretenue donne une eau de moins bonne qualité que le robinet.

Le filtre à charbon actif sur robinet ou sous évier

Même principe, plus grande capacité, débit continu. Les modèles à charbon aggloméré (bloc) filtrent nettement mieux que les modèles à charbon en grains.

Retire : chlore, goûts, une partie des pesticides et des composés organiques, selon la finesse. Ne retire pas : les nitrates ni les minéraux dissous.

Regardez la certification annoncée et la finesse en microns. Un filtre sans spécification chiffrée ne vous dit rien.

L’osmose inverse

Une membrane très fine sous pression qui laisse passer l’eau et retient presque tout le reste.

Retire : l’essentiel de ce qui est dissous, y compris nitrates, métaux lourds et une large part des micropolluants. Ne retire pas : ce qui est plus petit que l’eau, ce qui est rare.

Trois inconvénients réels : elle rejette de l’eau — souvent deux à trois litres pour un litre produit, selon les modèles —, elle déminéralise l’eau, ce qui change le goût et supprime l’apport en calcium et magnésium, et elle coûte cher à l’achat comme à l’entretien.

C’est la solution lourde, justifiée quand une analyse a montré un problème précis.

Faire bouillir

À gros bouillons pendant une minute, l’ébullition tue les bactéries, virus et parasites.

Retire : les micro-organismes. Ne retire pas : les nitrates, les métaux, les pesticides — au contraire, l’évaporation les concentre légèrement.

C’est la méthode d’urgence en cas d’avis de non-potabilité ou en voyage, pas une méthode d’usage courant.

Les pastilles de purification

Chlore ou dioxyde de chlore, en randonnée ou en situation dégradée.

Retire : les micro-organismes. Ne retire pas : le chimique. Temps d’action à respecter, et l’eau doit être claire au départ — filtrez le trouble avant.

Ce qui ne marche pas

Les perles de céramique, le charbon binchotan, les « dynamiseurs » magnétiques. Aucun de ces dispositifs n’a démontré d’effet mesurable sur la composition de l’eau. Le charbon binchotan absorbe un peu de chlore, comme n’importe quel charbon, et rien de plus.

Les adoucisseurs, pour l’eau de boisson. Un adoucisseur remplace le calcium par du sodium. C’est très bien pour la chaudière et le linge ; ce n’est pas ce qu’on veut boire, et il est d’usage de laisser un robinet non adouci en cuisine.

Comment décider, en trois étapes

  1. Lisez l’analyse de votre commune. Si tout est conforme et que le seul reproche est le goût, la carafe au frigo suffit.
  2. Si un paramètre pose problème — nitrates en zone agricole, plomb dans un immeuble ancien — ciblez ce paramètre. Un filtre efficace sur le plomb ne l’est pas sur les nitrates.
  3. Si vous habitez un immeuble d’avant 1950, la question n’est pas le réseau mais vos canalisations intérieures. Laissez couler l’eau qui a stagné dans les tuyaux avant de la boire, et faites analyser si le doute persiste.

Dans tous les cas, l’eau du robinet reste, à qualité égale, plusieurs centaines de fois moins chère que l’eau en bouteille, et sans plastique.

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