Pratique
Survivalisme : le matériel qui sert vraiment, et celui qui décore
Eau, chaleur, lumière, information, premiers secours. Ce que recommandent les organismes de sécurité civile, et ce que le marché vend en plus.
Par La rédaction 9 min
Le mot « survivalisme » traîne une imagerie de bunker qui dessert un sujet parfaitement banal : être capable de tenir quelques jours chez soi sans eau courante, sans électricité, ou sans pouvoir sortir.
Les autorités françaises appellent ça un kit d’urgence, et la recommandation officielle tient en une phrase : de quoi vivre en autonomie 72 heures.
Voici ce que ça contient réellement, dans l’ordre où ça compte.
L’ordre des priorités
Il n’est pas négociable, et il est contre-intuitif pour qui achète d’abord un couteau.
- L’eau. Trois jours sans, au maximum.
- La chaleur, si la température l’exige. Beaucoup plus urgent que la nourriture.
- L’information. Savoir ce qui se passe et ce qu’on attend de vous.
- Les soins. Un problème médical banal devient sérieux quand les secours sont saturés.
- La nourriture. Trois semaines sans, chez un adulte en bonne santé.
Un budget dépensé dans le bon ordre couvre l’essentiel pour très peu d’argent.
L’eau
Trois litres par personne et par jour, soit neuf litres pour 72 heures. C’est volumineux et c’est le poste le plus important.
En bouteilles fermées, stockées à l’abri de la lumière, l’eau se garde des mois. Tournez le stock : datez, consommez, remplacez.
Ajoutez un moyen de traitement au cas où il faudrait puiser ailleurs : pastilles de purification, ou filtre de randonnée à membrane creuse. Les deux coûtent quelques dizaines d’euros et pèsent presque rien.
N’oubliez pas que votre ballon d’eau chaude contient cent à deux cents litres, et qu’un robinet de vidange en bas permet de les récupérer.
La chaleur et la lumière
Couvertures de survie — quelques euros, encombrement nul, réellement efficaces sur la déperdition. Duvets ou couvertures de laine pour la durée.
Lampes frontales, pas des torches : vous voudrez vos deux mains. Prévoyez les piles, et vérifiez-les une fois par an — une lampe avec des piles mortes est un objet décoratif.
Bougies : utiles, mais c’est la première cause d’incendie domestique en situation de coupure. Une lampe LED coûte moins cher et ne brûle pas la maison.
Pour cuisiner : un réchaud à gaz de camping et deux cartouches. Jamais à l’intérieur sans ventilation — le monoxyde de carbone tue chaque hiver des gens qui se chauffaient avec un appareil non prévu pour ça.
L’information
Le point le plus négligé, et le plus décisif.
Une radio à piles ou à manivelle, capable de capter la FM. En cas de coupure électrique prolongée, le réseau mobile tombe en quelques heures — les antennes ont des batteries de secours limitées. La radio reste le canal par lequel passent les consignes officielles.
Une batterie externe chargée, et le chargeur qui va avec. Une batterie stockée déchargée depuis deux ans ne sert à rien : rechargez-la deux fois par an.
Vos papiers, en copie papier et numérique : pièces d’identité, ordonnances, assurances, numéros utiles. Un téléphone éteint ne donne pas le numéro de votre médecin.
Les soins
Une trousse de premiers secours réellement garnie : compresses, bandes, désinfectant, pansements, gants, ciseaux, couverture de survie, thermomètre.
Surtout : une réserve de vos traitements habituels. C’est le point qui transforme un inconfort en urgence. Parlez-en à votre pharmacien, qui sait comment constituer une avance légale.
La nourriture
Trois jours suffisent, et le critère n’est pas la performance : c’est ce que vous mangez déjà et qui se conserve.
Conserves, féculents, fruits secs, biscuits, café. Rien qui demande une cuisson longue, rien qui demande de l’eau en grande quantité. Un ouvre-boîte manuel — celui qui manque toujours.
Les rations lyophilisées militaires coûtent cher, se conservent longtemps et sont désagréables. Elles ont un intérêt en randonnée pour le poids, presque aucun chez soi.
Ce que le marché vend en plus
Le couteau de survie à lame dentée. Un couteau pliant correct et un bon opinel font tout ce dont vous aurez besoin, à savoir couper de la nourriture et de la ficelle.
Le masque à gaz. Sans formation, sans le bon filtre, sans étanchéité vérifiée, il donne une confiance qui est le contraire de la sécurité.
Le générateur. Bruyant, dangereux mal utilisé, et inutile si vous n’avez rien de vital à alimenter. Un appareil médical électrique change la donne — c’est le seul cas où la question se pose vraiment.
Le sac à dos tactique à cinquante poches. Un sac de randonnée que vous avez déjà fera exactement la même chose.
La partie qui ne s’achète pas
Savoir couper l’eau, le gaz et l’électricité chez vous, et où sont les vannes. Connaître le point de rassemblement de votre famille et un numéro de contact hors de votre région. Avoir un peu d’espèces : les terminaux de paiement dépendent du réseau.
Cela ne coûte rien, se prépare en une heure, et compte davantage que tout le reste de cette liste.
Où trouver les consignes officielles
Le gouvernement publie les recommandations et les consignes par type de risque. En cas d’événement réel, ce sont elles qui font foi — pas les listes trouvées en ligne, celle-ci comprise.